Invités à construire de nouveaux ponts de communion

Homélie de la messe du 12 Mai 2019 à l’église Saint Paul à Berlin

Chers frères et sœurs,

L’image que Jésus utilise dans l’évangile d’aujourd’hui - celle des brebis qui reconnaissent la voix du maître comme le berger connaît son troupeau - cette image exprime une familiarité, voire une intimité, propre aux disciples du Christ. Cette amitié avec le Christ est animée par la prière et par la pratique de la charité dans notre vie quotidienne. La familiarité avec le Christ renouvelle la personne. Nous sommes façonnés par cette intimité qui se ne transmet pas seulement dans des « valeurs » ou des « convictions » ! Non ! Nous sommes « nouvelle créature » et nous croyons que, par le baptême, notre âme, tout notre être, est régénérée ! Régénérée pour l’éternité.

Nous sommes ici à Berlin qui, depuis 19 ans, est à nouveau la capitale de l’Allemagne réunifiée. Pendant plus de 40 ans, ce pays a été coupé en deux et, d’un jour à l’autre, les familles n’ont plus eu le droit de se voir ! Berlin était le symbole de cette cruauté, en particulier depuis la construction en 1961, pas loin d’ici, de ce qui était appelé le « mur de protection antifasciste » !

En 2019 nous faisons mémoire de la chute du mur il y a trente ans. Pour nous, les Allemands, c’est un vrai miracle ! Cette révolution a commencé dans les églises et elle est restée pacifique ! Nous rendons toujours grâce à Dieu qu’il nous ait libérés de ce malheur qu’est la division entre frères !

Depuis cette date, nous sommes en train de reconstruire notre unité qui avait été déchirée après la Seconde Guerre Mondiale. Cette reconstruction n’est pas facile parce que l’idéologie nazie avait ouvert des abîmes à l’humanité, en créant une pseudo-religion inhumaine à laquelle, hélas, beaucoup de gens ont succombé !

Les élections européennes vont bientôt avoir lieu. Et nous aussi, en tant que chrétiens, nous sommes interpellés à faire un choix ! Comment l’Evangile peut nous inspirer ? Comment rester fidèles à la volonté du Seigneur qui prends soin de notre humanité, la console, la réconforte, la rassure, la fortifie et lui donne la vie ? Comme l’a fait Jean Vanier, fondateur de l’Arche, communauté présente aussi en Allemagne, décédé il y a quelques jours ! Comment vivre cette nouvelle vie qu’il nous a donnée par sa mort et sa résurrection ?

Je suis profondément convaincu que notre commune histoire, marquée par trop de sang, peut quand-même nous encourager et donner de l’espoir ! La réconciliation des ennemis héréditaires qu’étaient la France et l’Allemagne n’est-elle pas la preuve que le pardon est possible ? Que l’Esprit a agi dans les cœurs de nos ancêtres ? Que cette âme chrétienne n’a pu être détruite par aucun régime totalitaire ?

Cela signifie qu’aujourd’hui encore nous sommes invités à n’exclure personne ! A pratiquer l’hospitalité auprès des plus fragiles ! A construire des nouveaux ponts de communion. Notre culture en Europe a été profondément marquée par la foi chrétienne. Continuons, donc, de lui donner chair par nos actes !

Moi-même, j’ai une histoire européenne. Je suis né en Allemagne. Mes parents sont des immigrés italiens. J’ai vécu à Paris et à Rome, et maintenant je suis à Berlin, une ville jeune et pétillante, ou les chrétiens sont devenus une minorité.

Le Pape François, dans son discours au parlement européen en 2014, a évoqué l’idée ancienne selon laquelle les chrétiens représentaient « dans le monde ce qu’est l’âme dans le corps ». À l’époque il avait invité les députés « à travailler pour que l’Europe redécouvre sa bonne âme », parce que selon le Pape « la résignation et la fatigue ne font pas partie de l’âme de l’Europe. »

Voilà notre vocation ! Plus que jamais nous, les chrétiens, nous sommes appelés à être l’âme de l’Europe et nous pouvons l’être grâce à l’intimité du Christ avec nous ! Jésus dit : « Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père. » Chers frères et sœurs, personne ne nous pourra arracher de la main du Père ! Cette bonne nouvelle pascale nous donne la joie de suivre notre vocation qui est de vivre dans l’intimité du Christ, de témoigner cette foi vivante, d’être vraiment la bonne âme d’Europe !

C’est notre expérience ici à Berlin, après les horreurs de la dernière guerre et des totalitarismes ! En communion avec nos frères et nos sœurs en France et partout en Europe nous prions aujourd’hui afin que le Christ nous donne le courage de manifester l’amour de Dieu et la force de la réconciliation, cœur de l’Evangile !

Frère Max Cappabianca, dominicain